03-09—21

Les effets questionnables de certaines aides d’urgence

Les catastrophes comme le tremblement de terre d’Haïti servent souvent de prétexte à l’invasion des marchés locaux par des aides alimentaires massives réalisées avec des excédents et autres invendus du marché mondial. Pas chères, ou même gratuites, elles sont souvent nuisibles quand elles concurrencent les produits issus de l’agriculture locale.

Ces “aides gratuites”, quand elles s’institutionnalisent et s’installent dans la durée, ont un effet paradoxal: leur surabondance nuit aux producteurs locaux! Dans un pays où la moitié de la population vit (mal) de l’agriculture ces aides ne sont acceptables que pendant des périodes courtes.

Comme ”vétérans” d’Haïti, avec Jef Swerts coopérant de Broederlijk Deelen pendant 7 ans dans ce pays, il nous semble que la meilleure façon d’aider Haïti c’est de continuer à y renforcer ce que nous savons faire de mieux: aider les gens à s’aider eux mêmes.

Pour contrer la faim, le sous-emploi, l’exode rural et la concurrence déloyale des  “aides alimentaires massives et durables” qui arrivent après les catastrophes, Codeart doit continuer à chercher à améliorer ce qu’il fait:  contribuer à installer des unités de traitement local des denrées locales de première nécessité que sont le manioc, la canne à sucre, l’arachide… avec des techniques appropriables.  Cela renforce la production et développe de la richesse dans le cadre d’activités productives. Ces installations stimulent les efforts locaux, elle donnent de la valeur aux récoltes locales qui sont les seules sources significatives de création d’emploi et de richesse dans les villages. 

L’appui à la création d’entreprises se fait via l’appui aux artisans mécaniciens locaux qui équipent les campagnes avec des cassaveries, sucreries, ateliers de préparation de beurre d’arachides, etc. Cela renforce la production locale d’aliments adaptés aux goûts des gens et aussi les compétences locales en assurant l’équipement, le suivi, l’entretien, les réparations de ces installations d’approvisionnement en produits de première nécessité.

En résumé : Pour aider Haïti, laissant  l’indispensable aide d’urgence aux professionnels spécialistes des premiers secours qui ont acquis beaucoup d’expérience en matière de soins de santé, de rétablissement de la distribution d’eau, etc…  Codeart se sent motivé à continuer à faire plus et mieux encore son travail qui s’avère très utile, résiste dans la durée et s’améliore progressivement depuis 30 ans.

 

Philippe Teller